top of page
Genevievetrivier-Tombée3-3.HEIC

Sculptures monde, comme l’arbre est monde…

Revenir encore et toujours à son point d’origine. Suivre les lignes, dont chaque inscription révèle la vigueur ancienne d’une croissance immémoriale.Gestes, sans cesse répétés, qui oscillent entre caresses et abrasions, afin que rien ne puisse laisser, en cette érosion de la peau, soupçonner l’agression.  Ainsi, lentement mise à nu, apparaît sous conditions de mille polissages, une chair « miellée. » 

« Ces sculptures de formes » marquent alors l’arrêt. Elles sont comme enchâssées en ce monde dont le flux perpétuel des transformations se fait à la fois révélateur et fixatif. Ondulations ; devers ; nœuds .

Evolutions concentriques des lignes absorbées en leurs progressives dissolutions .

Soulignements bruns, parallèles, creusant ou au contraire gonflant la matière en leurs alternances et répétitions ; 

Tracés, plus ou moins sombres, plus ou moins éclaircis, formant des effets de jaspure ; marbrures, absorbées par le matériau ; linéarités désorientées comme le seraient de fines zébrures…

Diastoles -Systoles -Diastoles -Systoles - Diastoles -Systoles -

Respiration

Chair du monde

Chair en ce monde

Les œuvres de Geneviève Trivier, ici en ce choix de tronçons abandonnés, bois perdus, oubliés, marqués par les outils sectionnement, reprennent corps. Ils retrouvent un souffle et se font carnations palpitantes.

La matière jusqu’alors en souffrance a été pensée pour se faire, par glissement de sens :pensée.

L’artiste soignante en thérapeute, en praticienne a porté une extrême attention à ce qu’est et à ce que peut être devenir les textures. Le soin parfois n’est pas tendre pour obtenir guérison. 

Il faut ôter, frotter, ouvrir gratter.
Cela peut aller jusqu’à la brulure pour que peau neuve puisse se faire. Il y a souffrance, il y a lutte. Celle de la densité du bois s’oppose au geste de l’artiste. Contresens des tensions qui doivent mutuellement trouver un point d’achoppement, afin d’œuvrer e n harmonie. Différence des parties aussi, en appui au tout, qui lui ne doit rien abandonné de sa cohésion à venir.
Un combat contre la mort annoncée. Une régénérescence, qui, en cet espace et en cette temporalité, se fait parfois anthropomorphique ; Vagues silhouettes humaines, idoles, alignements stellaires s’éparpillent alors en un chemin de traverses, en un exode sans fin. Mais, n’est ce pas là, en cette sensualité exacerbée du matériau, à la limite de l’érotisme surgissant en appel d’une caresse de la main et d’un insistant regard, une façon de marquer par la douceur des courbes et des tensions des lignes, la réelle destinée de quelques hommes en mouvement ?

Une humanité arrachée, opprimée, dont l’essence est l’acceptation d’une main tendue, qui elle sait combien elle sera secourable. L’homme comme vivant, l’œuvre comme témoin.

Nathalie Réveille historienne et sociologue de l'art.2019

bottom of page